MAFIA - MODULE 18
Je suis clandestin, dans un monde qui poursuit et accélère sa dérive. Il m'arrive parfois de penser que c'est le monde, qui est devenu clandestin, et que je suis le seul à être dans le monde réel. Je ne suis même plus sûr de savoir encore entendre les bruits du monde, l'écho du monde, la palpitation du monde. C'est un curieux paradoxe que... d'accéder au néant au moment de sa renaissance, comme si l'aveuglement dans lequel j'étais, et dans lequel j'ai vécu si longtemps, de la fin de l'adolescence jusqu'à à la moitié de la maturité, comme si cet aveuglement, car c'était de l'aveuglement, faisait encore partie de la vrai vie. Alors même qu'aujourd'hui j'ai l'impression d'être dans la vraie vie, je ne suis pourtant confronté qu'aux parois du néant. Il faut dire que je vis dans un monde étrange, un monde dans lequel la brutalité de la nature, et des éléments, semble démultiplié. Un monde dans lequel la trivialité des êtres semble sans limite. Un monde dans lequel la désinvolture des moyens d'informations semble inépuisable. Un monde dans lequel... commerce équitable, développement durable, sont devenus les leitmotivs des citoyens congelés dans la peur, dans la peur de l'avenir. Un monde donc, dont tout laisse à penser qu'il soit recouvert, submergé par un flot ininterrompu de pulsions en désordre. Un monde dans
lequel... les voix pourraient être encore entendues, implique d'abord soit un
immense fracas, soit un très long silence. Chez les anciens grecs, avant de
commencer le spectacle, on commençait par un immense capharnaüm, une rumeur
sonore destinée à nettoyer l'esprit et rendre cet esprit accessible à ce qui
allait suivre. Aujourd'hui si l'on nettoie l'esprit, c'est pour mieux le
préparer à la publicité, à la consommation et uniquement à cela. Je vis dans un
monde où je vois des gens cherchant à mettre en place des stratégies
individuelles pour se sortir du merdier. Je vois des gens quitter l'âpreté la
dureté du travail social ou de l'engagement, au sein de la société et se
reconvertir au sein d'organisations humanitaires, ou encore mieux dans le
toilettage pour chiens. Je vois des hommes ne sachant plus retrouver un axe
entre leurs différentes identités, de chefs d'entreprises, de maris, de pères,
d'amants et étant confrontés au regard de leurs enfants qui leur posent des
questions auxquelles ils ne savent pas répondre. Qu'as tu fait de toi ? Qu'as
tu fait de moi ? Qu'as tu fait du monde ?
Je suis clandestin dans un monde qui poursuite et qui accélère sa dérive...
(Echo, puis reprise chorale en canon de la voix disant le texte)
... Et soudain une illumination me traversa l'esprit, non pas que j'étais mort déjà depuis longtemps, que j'étais mort depuis toujours, mais que j'étais non né depuis toujours, que j'étais l'enfant non né de cette femme morte que je venais de tuer. / / / / /
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I am clandestine in a world which continues and accelerates its drift. Sometimes, I think the world which became clandestine, and that I am the only man to be in the real world. Even, I am not totally sure to know how to hear still the noises of the world, the echo of the world, the palpitation of the world. It is curious paradox that to reach the nothingness at the time of its rebirth, as if the blindness I was wherein I lived and I had lived so for a long time on the end of the adolescence until in the middle of the maturity, As if this blindness, because it was the blindness, is still a part of the true life. Even when today I have the impression to be in the true life, nevertheless I am confronted only with the walls of the nothingness. It is necessary to say that I lived in a strange world, a world wherein the brutality of the nature, the elements, seems geared down. A world wherein the triviality of beings seems without limit. A world wherein the flippancy of information’s means seems inexhaustible. A world wherein trades fair, sustainable development, became the leitmotivs of the citizens frozen in the fear, the fear of the future. Thus a world wherein all let think that it is covered, submerged by a continuous stream of drives in mess. A world wherein, the voices could be still heard, involve either an immense crash at first , or a very long silence. To ancient Greek, before to begin the spectacle, we began with an immense shambles, a sound rumour intended to clean the spirit and to get back this spirit accessible to what was going to follow. Today if we clean the spirit, it is to prepare it better for the advertising, for the consumption and only for it. I lived in a world where I see people trying to set up individual strategies to bring out of the muck-up. I see people leaving the harshness, the hardness of the social work or the commitment within the society and converting inside humanitarian organizations or even better into the grooming for dogs. I see people not knowing how to recover any more an axis between their various identities: managers of companies, husbands, fathers, lovers and being confronted at the glances of their children who ask them questions which they don't know how to answer: what did you do of me ?What did you do of you? What did you do of the world?
I am clandestine of a world which accelerates its drift.
(Echo, and then replay in round with a voice saying the text)
...And suddenly, an illumination pass through my mind, none I was dead since a long time, but that I was unborned since forever, that I was the unborn child of the woman that I have just killed.